Pascal Nnaka Boroto nous parle de son livre Le nom de ma mère, publié aux éditions JC Lattès

Économiste et journaliste, Pascal Boroto est originaire du Kivu, en RDC. Il a travaillé comme enquêteur dans plusieurs camps de déplacés, au sein d’équipes de collecte de données du Fonarev. Pour faire entendre les histoires qu’on lui a confiées, il a fondé Les Voix des Oubliés. Le nom de ma mère est son premier roman.
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Voir Le Livre Ici… Le nom de ma mère : Prix Voix d’Afriques 2026 – Pascal Nnaka Boroto
INTERVIEW
J’ai d’abord lu votre livre comme un roman, sans prétention, et je l’ai adoré. Mais en faisant des recherches, j’ai réalisé que la journaliste a vraiment existé, tout comme le journal… et là, ce fut un vrai choc. Pourquoi avoir choisi de mêler aussi étroitement fiction et réalité ?
Le nom de ma mère, c’est un roman autobiographique !! Tout ce que j’y raconte vient de ma vie, sans ajout de fiction. Les lieux, les situations, les expériences sont réels. J’ai écrit à partir de ce que j’ai vécu, du début à la fin. La différence entre fiction et réalité ne s’applique pas ici parce que le récit part directement de mon expérience personnelle.
On dit souvent qu’écrire un roman sur les siens nécessite de les « trahir » un peu pour les faire exister. Qu’avez-vous dû modifier ou inventer chez Solange pour qu’elle devienne un personnage de papier inoubliable ?
Je n’ai rien modifié chez Solange. Je l’ai racontée telle que je la porte en moi. Il n’y a pas eu de transformation pour la rendre plus forte ou plus littéraire. Ce que j’ai écrit vient de la fidélité à ce qu’elle était dans ma vie.
Quelle scène du livre vous a demandé le plus d’imagination, là où vos souvenirs étaient trop flous ou trop douloureux pour être retranscrits tels quels ?
Aucune scène n’a été inventée ou reconstruite par imagination. Quand certains faits demandaient de la précision, je suis retourné à mes archives, à mes notes et à mes articles pour vérifier et compléter. Le travail a été de recouper les informations, pas de créer des scènes.
La culture, pour vous, c’est quoi ?
La culture signifie pour moi ce qu’elle a toujours représenté pour le Congo : un moyen de communication, de transmission et de cohésion sociale. Elle relie les personnes et préserve une identité commune.
Dans le livre, elle permet de montrer les réalités de l’Est de la RDC et de porter les témoignages. Elle joue un rôle essentiel dans la reconnaissance et dans le lien entre les expériences vécues et la société.
Pourquoi ce livre et pourquoi maintenant?
Je dirais que ce livre est né d’une nécessité personnelle et collective. Après mes échanges avec les victimes sur le terrain, je ne pouvais plus continuer sans écrire. Le silence était devenu difficile à supporter.
J’ai écrit pour répondre à ce que j’avais entendu et vécu, au moment où il n’était plus possible d’attendre.
Pourquoi avoir choisi Le nom de ma mère, plutôt que simplement Ma mère ou Solange ? Que représente précisément le poids ou l’héritage de ce « nom » ?
J’ai choisi « Le nom de ma mère » parce que le nom représente plus que la personne elle-même. Il porte l’histoire, la mémoire et ce qui reste après la disparition.
Ma mère ne se limite pas à son identité. Le nom permet de montrer ce qu’elle transmet et ce qu’elle continue d’incarner pour moi.
Lorsqu’on ouvre votre livre, très vite, on tombe sur ces propos : « Quand je dis « la RDC », je ne pense pas à un territoire qui couvre une superficie d’environ 2 345 410 km². Je pense à un cri. Je pense à une chambre où une femme est violée sans bruit… à un marché où l’on vend des mangues à côté d’un corps sans vie qu’on refuse de voir… à un bébé qui meurt, dans un hôpital bombardé. » Pourquoi avoir choisi une entrée aussi intense ? Que souhaitez-vous faire ressentir ou comprendre au lecteur dès les premières lignes ?
J’ai commencé le livre ainsi, pour donner le ton et pour montrer directement la réalité que j’allais dépeindre.
La RDC ne peut pas qu’être réduite à des chiffres ou à une superficie.
J’ai voulu que le lecteur soit face à ce que j’ai vu sur le terrain dès les premières lignes. Les situations vécues à l’Est imposent cette approche directe.
Comment avez-vous pensé l’architecture de votre récit pour vous affranchir des codes du documentaire et faire pleinement émerger une dimension romanesque ?
Je n’ai pas construit une architecture au sens classique. Le récit suit mon parcours et mes expériences. Les événements se sont enchaînés de cette manière dans ma vie et le livre reprend cette progression sans la réorganiser artificiellement.
Votre livre pose la question : « Quel journaliste devenir ?». Au fond, c’est quoi être journaliste aujourd’hui ?
Être journaliste aujourd’hui, c’est choisir entre la rapidité (dire vite) et la justesse. C’est travailler dans des conditions où la vérité peut avoir un coût.
Le métier repose sur la rigueur, la vérification et le respect des faits, même quand ils sont difficiles à traiter.
Dans le roman, le journalisme n’est pas qu’un métier, c’est un enjeu identitaire. Que représente le journal pour le jeune Pascal : un sanctuaire ou une cage ?
Le journal n’est pas uniquement un refuge ni uniquement une contrainte. Il m’a structuré dans ma manière de travailler et de voir les choses. Il m’a appris à observer et à analyser, quoiqu’il impose aussi des limites dans la manière de raconter et de vivre ce que je traverse.
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