Vincent Mc Doom nous parle de son livre L’homme que je suis, publié aux éditions Michel Lafon

Icône de la mode et des médias, Vincent Mc Doom a marqué la scène par son parcours multidisciplinaire : de la haute couture aux plateaux de télévision. Entre Sainte-Lucie et Paris, il conjugue les rôles de styliste, animateur et figure mondaine avec audace
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INTERVIEW
Qu’est-ce qui vous amène concrètement à publier « L’homme que je suis » en 2004 chez Michel Lafon ?
Qu’est-ce qui m’a poussé à publier mon autobiographie ? C’est très simple : c’est mon histoire, et surtout ce que j’ai traversé durant mon enfance avec les abus sexuels que j’ai subis.
À l’époque, je sentais que la presse commençait à me poser beaucoup de questions là-dessus. Je n’avais aucune envie de faire le tour des plateaux télé pour me répéter sans cesse. Comme j’étais devenu une personnalité publique, je me suis dit que la meilleure solution était de tout mettre dans un livre. Je voulais rendre mon histoire publique moi-même, selon mes propres termes. Plutôt que de laisser les gens fouiller dans ma vie ou risquer qu’ils déforment la réalité de ce que j’avais vécu, j’ai préféré prendre les devants et leur dire la vérité avant eux.
C’est Monsieur Lafon qui m’a contacté juste après ma sortie de La Ferme, l’émission qui m’a rendu célèbre. Il a eu des mots très justes : « Vous avez une vie assez intéressante et ça pourrait être, si vous voulez, une étude psychiatrique pour des personnes qui ont vécu la même chose, mais qui n’arrivent pas à parler. »
Il m’a convaincu que si une figure publique osait briser le silence, cela pourrait libérer la parole d’autres victimes. C’est exactement ce qu’on a vu éclater des années plus tard avec le mouvement #MeToo.
Le titre de votre livre résonne comme un manifeste. Comment est-il né ?
Le choix du titre de mon livre m’est venu facilement. Pourquoi ? Parce qu’avant la célébrité, chaque jour de ma vie était un défi. Dans la rue, les gens me collaient des étiquettes, mais personne ne me voyait vraiment. On m’appelait « mademoiselle », « travelo », « transsexuel » ou « pédé ». Tout le monde avait son avis, tout le monde projetait sa propre vision sur moi, sans jamais chercher à savoir qui j’étais réellement derrière ce qu’ils percevaient.
Quand j’étais gamin, c’était une lutte constante contre les attentes des autres :
– Ma famille voulait que je change parce que je n’étais pas assez « masculin ».
– La société me rejetait parce que j’étais trop différent.
– La religion voulait que je change parce que, en fait, pour eux, j’étais une abomination.
Je regardais mes frères et sœurs : on disait « monsieur » à l’un, « mademoiselle » à l’autre. Et moi ? On me disait : « Ah ben écoute, on ne sait pas ce que tu es. »
Puis, la célébrité est arrivée. Et là, d’un coup, tous ces adjectifs ont disparu. Du jour au lendemain, je suis devenu « Monsieur Mc Doom ».
C’est incroyable de voir comment la visibilité peut effacer instantanément ce que les gens jugeaient négatif chez vous. Le public a enfin commencé à comprendre la personne que j’étais. Ce titre, c’est ma façon de valider cette transition que les gens ont faite dans leur regard : passer de l’incompréhension et des insultes à une forme de respect.
Finalement, le monde commençait à voir l’homme derrière l’image, et il était temps que je leur explique qui est réellement cet homme.
Dans le livre, on sent un enfant longtemps seul avec ce qu’il traverse. Qu’est-ce qui vous a permis, pour la première fois, de ne plus porter cette histoire seul ?
Vous savez, mon calvaire a commencé tôt. J’ai subi ces abus sexuels de mes 9 ans jusqu’à mes 13 ans. Mais avant même cela, il y avait cette sensation d’être de nulle part. On me reprochait d’être trop efféminé ; je ne trouvais ma place nulle part. Cette solitude, je la porte en moi depuis l’enfance.
Pour survivre, je me suis réfugié dans la lecture et dans la mode. Ce sont elles qui m’ont sauvé. Dans mon livre, il était essentiel pour moi d’expliquer comment ces passions sont devenues, au fil du temps, le socle même de mon existence.
Puis vient la notoriété. Devenir une personnalité publique change la donne : soudain, la visibilité attire une « secte » d’amis et modifie le regard de la famille. Ce n’est pas une question de perte de confiance, mais plutôt de clarté. À travers mon ouvrage, L’homme que je suis, les gens ont enfin compris qui j’étais réellement. Cela m’a permis de faire un tri nécessaire et de savoir enfin en qui je pouvais placer ma confiance, que ce soit dans mon entourage professionnel ou personnel.
En racontant ce viol commis par un notable respecté, vous dénoncez un système de silences propre à votre île. Aviez-vous conscience, en publiant, de l’onde de choc que vous alliez provoquer chez ceux qui préféraient ignorer ces réalités ?
Pour être honnête, je n’avais pas mesuré l’onde de choc que ce livre provoquerait. Mon approche n’était pas celle d’un justicier cherchant à dénoncer un système, mais celle d’un homme cherchant sa propre liberté. Raconter mon histoire était mon exutoire, ma thérapie personnelle mise sur papier. Une fois le livre écrit, je me suis senti libéré : le public, ma famille, les institutions religieuses… tout le monde savait enfin.
Cependant, je n’étais absolument pas prêt pour l’après. Lorsque l’ouvrage est arrivé sur mon île, à Sainte-Lucie, cela a déclenché un véritable séisme politique. Mon oncle, l’homme qui m’a violé, était le président de l’Assemblée nationale. Son refus de démissionner a ébranlé le gouvernement. Il ne niait pas les faits, mais il s’accrochait à son poste.
Il a fallu deux ans pour que les lignes bougent. Le gouvernement a fini par perdre les élections, plombé par ce scandale, et il a dû quitter ses fonctions. Avec le recul, je me dis que c’était sans doute un bien pour un mal.
Votre récit décrit une violence omniprésente (école, maison, adultes). Y a-t-il eu malgré tout, dans ce chaos, un geste ou un visage qui vous a permis de tenir et de ne pas sombrer ?
C’est gentil de poser cette question. Oui, malgré la violence, il y a eu ma mère et ma grand-mère. Elles étaient mon vrai espoir. Ma grand-mère me disait toujours : « Vincent, ce qui t’arrive va te rendre plus fort, ça va forger ta personnalité. Grâce à ça, tu vas devenir plus résilient dans ton approche de la vie »
Et elle n’a pas eu tort, c’est exactement ce que je vis aujourd’hui. Ces deux femmes ont tracé mon chemin. Ma grand-mère piquait à la machine et ma mère, comme par hasard s’appelle Victoire, elle créait des vêtements pour les gens autour d’elle. C’est pour ça que je me suis tourné vers la mode. Ces visages-là m’ont aidé à garder le cap.
Avec le recul, est-ce que ce livre a eu une vertu réparatrice ? Selon votre expérience, guérit-on vraiment de son passé en le transformant en littérature ?
En publiant mon livre, j’ai réalisé que mon histoire n’appartient pas qu’à moi. Quand j’ai reçu les lettres et les mails de gens qui ont vécu la même chose et qui, grâce à mon témoignage, ont enfin pu parler à des professionnels… c’est ça qui m’a guéri.
Savoir que je fais du bien aux autres a été ma propre thérapie. Ce livre, je l’ai fait pour moi, mais il est devenu une bouée pour les autres. Quand tu réalises que tu n’es pas seul et que ton parcours aide quelqu’un d’autre, c’est là que le chemin de la guérison commence vraiment.
La mode occupe une place centrale dans votre reconstruction. Pouvez-vous nous expliquer comment la couture et le dessin sont passés d’un refuge mental à une véritable arme de réappropriation de soi ?
Quand j’étais gosse, je regardais Dynasty. Joan Collins (Alexis Carrington) a aiguisé mon sens du style. Issu d’une famille de 22 enfants, j’utilisais mes sœurs comme mannequins. Ce que je ne pouvais pas dire avec des mots, je l’exprimais par la couture. C’était devenu un art.
Puis, j’ai gagné un concours à Sainte-Lucie. L’ambassade de France m’a offert un stage chez Paco Rabanne et une bourse d’études. Paris, le berceau du luxe ! J’ai côtoyé les plus grands : Monsieur Rabanne, Laroche, Marc Jacobs pendant huit ans… La mode m’a donné une voix avant même que je sois connu. Elle m’a permis d’intégrer cette « secte » artistique merveilleuse et m’a aidé à devenir l’homme que je suis aujourd’hui.
Si vous aviez aujourd’hui ce livre entre les mains face à un jeune qui se sent « différent », fragile ou menacé, quel message aimeriez-vous qu’il reçoive au-delà du texte ?
Si j’avais un jeune face à moi, homme ou femme, mon message serait simple : aimez-vous tel que vous êtes. Dieu vous a créé avec une « purpose« , un objectif. Si vous n’aimez pas qui vous êtes, comment pouvez-vous attendre que les autres vous aiment ? Ce que vous projetez vers les autres, c’est ce qu’ils vous renvoient en retour. Si vous montrez que vous ne vous aimez pas ou que vous ne vous respectez pas, les gens ne vous respecteront pas. Vous devez vous imposer tel que vous êtes. On ne naît pas pour plaire à tout le monde. Il faut trouver les personnes qui sont là pour vous, qui vont vous aider et vous guider.
Si tu ne t’aimes pas dès le départ, tu seras malléable et influençable négativement. L’amour de soi, c’est la première étape indispensable pour réussir sa vie. Ne cherchez pas à imiter les autres. Imposez-vous tel que vous êtes. Si Dieu a fait de toi qui tu es, qui est l’autre pour te dire que tu n’es pas bien tel que tu es ? Voilà le message.
Parlez-nous de Sainte-Lucie, qu’est-ce qui vous émerveille là-bas ?
Sainte-Lucie est une toute petite île de la Caraïbe anglaise, située entre Saint-Vincent et la Martinique. C’est une terre de 190 000 habitants, une île très verte avec des sables blancs. Elle est vraiment, vraiment très belle.
Mais ce qui constitue l’âme même de l’île, son cœur, ce sont les gens. Ils sont d’une gentillesse, d’une bienveillance et d’une hospitalité envers les étrangers que je n’ai jamais vues ailleurs. À Sainte-Lucie, je n’ai jamais vécu de racisme. Jamais. Nous n’avons pas ce concept de « toi tu es blanc, toi tu es noir ». Il y a un profond respect pour l’autre et une culture du partage.
Les paysages y sont fantastiques. Nous avons les deux Pitons, qui sont désormais protégés par l’UNESCO au patrimoine mondial. Je suis d’ailleurs né près du volcan, dans un petit village appelé Soufrière, l’une des plus jolies villes de l’île. Ce volcan est unique au monde : c’est le seul dans lequel vous pouvez entrer directement avec votre voiture !
On a des festivals incroyables : le Festival Créole en octobre, le Carnaval en juillet, et le Festival de Jazz en mai où les plus grandes stars mondiales, comme John Legend, viennent se mêler aux locaux. Mon rêve ? Créer une Fashion Week là-bas pour en faire un hub mondial de la mode.
La culture, pour vous, c’est quoi ?
Pour moi, la culture, ce n’est pas seulement savoir ce qui se passe chez soi. C’est un savoir général qui naît du voyage. Le voyage forge l’esprit. La culture, c’est pouvoir parler de tout : des Amérindiens, de politique, de littérature ou de mode. C’est s’ouvrir sur le monde et sur l’autre, comprendre ce qu’on ne connaît pas, et ne jamais rester figé sur ses propres acquis ou croyances.
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