Anaëlle Héricourt nous parle de son livre Trois ans, l’éveil de ma vie, publié aux Éditions Persée


Anaëlle Héricourt, infirmière depuis plus de six ans, s’apprête à entrer dans sa trentième année. Trois ans, l’éveil de ma vie est son premier livre.
Lire aussi cet Article… Entretien avec Guillaume Viry
Voir aussi le Livre Ici… Trois ans, l’éveil de ma vie : Le Livre d’Anaëlle Héricourt
INTERVIEW
Pourquoi ce livre et pourquoi maintenant ?
Ces mots étaient dans l’optique de panser mes blessures et j’avais besoin d’une certaine maturité émotionnelle pour oser le dévoiler. Comme un journal de bord en quelques sorte.
Parlez-nous du titre de votre livre. Pourquoi ce choix ? Le mot « éveil » a une connotation spirituelle. En quoi ces trois années d’études ont-elles été une « naissance » plutôt qu’une simple formation ?
L’éveil a un sens tout particulier pour moi. L’éveil à soi, à la connaissance de soi et le fait de se connecter réellement à ses émotions, à ses sens, qui sont essentiels à l’exercice de cette profession.
Une naissance de ce « moi » qui a révélé sa force à travers mes fragilités. Cette affirmation de soi m’a ouverte à un monde complexe; à travers cette spiritualité, j’y ai trouvé un apaisement.
Dites-nous : qu’est-ce qui vous amène réellement vers les métiers du soin ? Est-ce, par exemple, votre hospitalisation lorsque vous étiez en classe de 5e, qui a semé cette graine ?
Lors de mon hospitalisation, j’ai appris à regarder autour de moi, à ralentir et à revenir à l’essentiel. Dans l’esprit d’une jeune fille de 12ans, c’était encore relativement flou. En revanche, l’accompagnement qui a suivi avec les différents professionnels de santé m’a conduite sur le chemin de la résilience.
J’accompagne à mon tour des élèves à besoins particuliers afin de leur assurer un accompagnement individualisé durant leur scolarité. Tout ce cheminement de vie prend finalement sens à travers mon histoire personnelle.
Vous décrivez l’univers hospitalier comme « méconnu ». En quoi le grand public, qui nous lit aujourd’hui, se trompe le plus souvent à propos du quotidien d’une infirmière ?
Lorsque l’on met le pied dans les services de soins, en blouse blanche, je précise, cette vision finalement abstraite de ce métier révèle toute sa complexité. Les expériences vécues sont émotionnellement éprouvantes : la souffrance, le handicap, la mort, la démence des patients.
Les conflits de valeurs également sont impactants. Finalement le quotidien d’une infirmière est en réalité une épreuve du quotidien.
Page 29, épisode 3 – Les urgences psychiatriques, stages 5 : « La compassion représente pour moi un fil suspendu dans le vide. Le fil représente le lien et le vide la dangerosité de la situation ». Pouvez-vous mieux l’expliquer pour nos lecteurs ?
Lors de notre cursus de formation, la posture professionnelle est étudiée. On étudie la compassion, l’empathie.
La compassion est en réalité une invitation à partager les souffrances d’autrui. Avec l’expérience, je dirais que ma vision a changé à ce sujet et je pense que l’empathie l’est tout autant. Elle peut engendrer un enchevêtrement émotionnel.
L’objectivité émotionnelle, elle, reconnaît et valide les émotions sans se laisser submerger.
Votre récit pose en filigrane la question du sens : qu’est-ce qui, selon vous, donne encore sens au soin aujourd’hui ?
Nous n’exerçons pas pour obtenir de la reconnaissance, mais pour éprouver une satisfaction à apporter du confort et du bien-être. L’aspect purement relationnel est, selon moi, ce qui donne du sens. Il établit une relation de confiance, et c’est en cela que la prise en soin prend tout son sens.
Dans le livre, vous évoquez le fossé entre la théorie des bancs de l’école et la réalité « rude » des stages. Au regard de l’actualité et de la crise de l’hôpital public, votre livre est-il aussi un cri d’alerte sur les conditions d’apprentissage des futurs soignants ?
Ce livre est effectivement aussi un cri d’alerte sur les conditions de travail et d’apprentissage des soignants et futurs soignants. L’hôpital public est en crise et les conditions ne s’améliorent pas.
Le soignant devrait être valorisé, écouté et soutenu dans son travail. Un engagement qui n’en ressortirait que plus fort. Mais le soignant fait déjà preuve d’un engagement bien plus fort : celui de l’engagement moral, cela lui permet d’exercer à court et moyen terme. C’est le problème. Malheureusement l’épuisement, le burn-out vont au-delà de cet engagement moral.
Vous mentionnez souvent la peur : celle de l’erreur, mais aussi celle de ne pas être à la hauteur humainement. Aujourd’hui, avec le diplôme en poche, cette peur a-t-elle disparu ou s’est-elle transformée en une autre force ?
Vous savez, il y a 5 niveaux de compétences tout au long de notre carrière : novice, débutant, compétent, performant et expert.
Je n’ai plus peur.
J’avance avec mes propres bagages, avec mes savoirs. J’admets mon ignorance sur certains aspects, j’essaie sans cesse de m’améliorer, j’essaie de toujours faire preuve de bienveillance et d’indulgence avec les autres. La connaissance de soi est essentielle à l’exercice de cette profession. Je me sens alignée et j’avance avec sérénité et sincérité.
#AnaëlleHéricourt #MétiersDuSoin #Infirmière #HôpitalPublic
















Laisser un commentaire