Meï Lepage nous parle de son livre Sécher tes larmes, publié chez VERSO

Meï Lepage vit à Lyon.
Gardienne de la paix, elle exerce au sein d’une unité de terrain.
2026 – Sécher tes larmes. Une enquête d’Emma Fauvel, Verso, éditions du Seuil.
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INTERVIEW
Le titre, à l’impératif (Sécher tes larmes), sonne à la fois comme un geste de soin et comme une injonction. D’où vous est venue cette formule ?
En réalité, ce titre a été choisi par Glenn Tavennec, mon éditeur. Tout comme la couverture, c’est une prérogative qui revient à la maison d’édition. Même si bien sûr, j’ai mon mot à dire et tout ceci est le fruit d’une discussion.
J’ai tout de suite accroché à ce titre car on a pensé qu’il fallait à la fois mettre l’accent sur l’action, et sur le côté sensible de l’histoire. Même s’il s’agit d’un thriller, il y a une grande part de psychologie dans le roman. Les victimes prennent beaucoup de place. Ce n’est qu’à la fin du récit, lorsqu’on comprend pour qui et pour quoi Emma se bat, que le titre prend son sens.
Au vu de tout cela, ce titre m’a semblé parfait.
Dans votre livre, où situez-vous la frontière entre consoler et faire taire ? Qu’est-ce qui vous intéressait dans cette zone grise : la tendresse, la violence douce, l’ambiguïté des mots qui “veulent du bien” ?
C’est une question qu’on peut se poser à chaque fois qu’un proche fait face à une situation difficile : dois-je le consoler, ou dois-je régler directement le problème ?
Emma est enquêtrice, elle est plutôt pour le « faire taire », « faire cesser l’infraction ». Mais peu à peu, le côté émotionnel de la chose va prendre le pas sur le factuel, et là réside toute la difficulté de son enquête.
Au-delà de ça, ce qui m’intéresse dans la notion de « zone grise », c’est de brouiller la frontière entre ce qui est moralement acceptable et ce qui ne l’est pas. L’idée du roman est basée sur ça. Je pense que personne n’est que bon ou mauvais, et surtout, chacun a des raisons de faire ce qu’il fait. Donc, j’ai travaillé la psychologie des personnages de façon à tous les placer dans cette zone grise. On n’est plus censé savoir qui est l’antagoniste.
J’aimerais amener les lecteurs à se questionner sur chacun des choix faits par les personnages, surtout ceux qu’ils auraient à prime abord jugés comme mauvais. Cette ambivalence des personnages est là pour que les lecteurs se questionnent sur leur propre sens moral.
Annemasse n’est pas un simple décor, c’est une entité oppressante, décrite comme un « brouillon mal décalqué » ou une ville qui « transpire le désordre ». Pourquoi avoir choisi cette zone frontalière, ce « dortoir » à l’ombre de la riche Genève, pour incarner la désolation intérieure de vos personnages ?
Au départ, l’histoire ne se déroulait pas à Annemasse. Elle a connu beaucoup de versions et beaucoup de lieux. Ce n’est que lorsque j’ai été affectée au commissariat d’Annemasse que j’ai décidé de transposer l’histoire là-bas. C’est-à-dire, dans une version très tardive.
Comme vous l’avez dit, c’est une ville pleine de paradoxe, à la fois très criminogène mais située dans un cadre idyllique. Je cherchais une ville à la fois petite et oppressante, et qui soit vivante en elle-même. Annemasse était la parfaite candidate.
De plus, j’ai tenu à garder un haut degré de réalisme, que ce soit dans les procédures ou dans l’univers policier. À force de patrouiller dans cette ville, j’en connaissais de nombreux recoins. Ça m’a permis d’accentuer ce côté réaliste.
Il y a une crudité frappante dans votre écriture, qu’il s’agisse de la peau flasque de la mère d’Emma ou des détails des sévices subis par Adèle. Est-ce pour vous une manière de refuser toute « esthétisation » du polar et de forcer le lecteur à regarder la douleur en face, sans le filtre du spectaculaire ?
Je pense qu’il y a un peu de ça, oui. Plutôt que d’opter pour de grandes scènes d’action, j’ai préféré me focaliser sur l’intime. Personnellement, je suis davantage touchée par des histoires qui se rapprochent du quotidien, même si on parle ici de ce qui fait mal.
Cela dit, même si des sujets compliqués sont abordés dans le livre, mon but n’est pas de choquer ou de dégoûter. Je me refuse de tomber dans le sordide pour le sordide, et je décris le plus brièvement possible les scènes difficiles. L’important est surtout de faire comprendre ce par quoi sont passés les personnages. Ainsi, le lecteur peut mieux appréhender leur état d’esprit, et comprendre pourquoi ils font certains choix moralement ambigus.
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