GRANDE INTERVIEW : Charles Adrianssens & Paul Montjotin : "Le temps est un objet très complexe. Sa définition même pose problème."

Entretien avec Sophie Tal Men sur son livre Les yeux couleurs de pluie

Sophie Tal Men

Sophie Tal Men est neurologue. Elle habite en Bretagne.

La culture résulte de la curiosité que l’on a du monde qui nous entoure. Elle est essentielle pour se construire soi-même, s’exprimer et s’ouvrir aux autres. C’est très philosophique comme définition, je m’en excuse. En tout cas, je n’ai pas une vision élitiste de la culture. Chacun l’expérimente à sa façon, en ouvrant un livre, en écoutant une chanson, en regardant un film. Quelle chance d’habiter un pays où elle est accessible à tous !

C’est un des nombreux sujets du livre.

Le départ de chez-soi – l’envol en quelque sorte – est une vraie étape quand on commence ses études. J’aime l’idée que Marie-Lou – au lieu de monter à Paris comme beaucoup d’étudiants – monte à Brest.

C’est très intéressant à décrire car les émotions sont décuplées quand on se retrouve loin de chez soi. Les sens sont à l’affût. Et puis j’avais envie de décrire la Bretagne avec les yeux d’une savoyarde qui la découvre pour la première fois. Un peu à contrecœur au début avec une vraie évolution par la suite. N’est-ce pas le propre d’un roman d’apprentissage ?

Depuis que je suis enfant, j’aime être dans la création : poèmes, dessin, théâtre… Laisser libre cours à mon imaginaire débordant. Activités artistiques que j’ai dû mettre de côté après le lycée en me consacrant pleinement à mes études de médecine.

L’année dernière fut le moment pour moi de rattraper le retard. Si retard il y a…

Je voulais raconter quelque chose de différent par rapport à ce qu’on peut lire ou voir sur le milieu médical. Un univers plus intime, moins spectaculaire. L’hôpital est un vivier propice à l’écriture : nous rencontrons une multitude de gens et sommes amenés à rentrer très rapidement dans leur intimité. Des moments forts, chargés émotionnellement. C’est particulièrement vrai en neurologie où nous sommes confrontés au handicap et aux bouleversements que cela engendre pour le patient et son entourage. L’inspiration me vient le soir quand mes trois enfants sont couchés. Au lieu d’allumer la télé, c’est l’ordinateur que j’ouvre sur mes genoux.

Mes personnages sont toujours dans un coin de ma tête au travail. Quand il m’arrive d’avoir une idée entre deux consultations, je la gribouille sur un bout de papier ou dans les notes de mon téléphone pour l’exploiter le soir venu au son de la trompette d’Ibrahim Maalouf.

Chers lecteurs, « les yeux couleur de pluie » est une romance iodée qui se lit les pieds en éventail. Laissez-vous entraîner par la douce et sensible Marie-Lou dans le brouillard de Brest jusqu’au port du Moulin Blanc. J’attends vos retours !

Entretien réalisé en 2016

Résumé du livre :

Les yeux couleurs de pluie : les tribulations d’une étudiante en médecine, affectée à Brest du jour au lendemain. Le bout du monde à ses yeux…

Pour Marie-Lou, c’est une nouvelle vie qui commence, loin des siens, de ses montagnes. L’insouciance et la légèreté de ses vingt-cinq ans se mêlent à la dure réalité de l’hôpital, des gardes aux urgences, du contact avec la maladie. Et au beau milieu de la nuit, cette Savoyarde en ciré jaune croisera Matthieu, un surfer, interne en ORL.

Ce loup solitaire, mystérieux et poétique, arrivera-t-il à lui faire une place dans sa vie ?

Rencontres, passions, non-dits, doutes, l’histoire d’un envol, l’histoire d’une vie. La baie des Trépassés, le port du Moulin-Blanc, le brouillard de Brest donnent une dimension romantique à ce beau roman sensible et drôle, riches d’histoires sur le milieu médical, et qu’on ne lâche pas.

Quelques extraits :

« Ce n’est peut-être pas le bout du monde, mais c’est le bout du mien ! »

« Mon petit nid douillet va bientôt tomber de l’arbre et s’écraser sur le sol »

 « Je n’ai jamais autant pris conscience du vent qu’en habitant le Finistère. Ça fait partie du décor »

« Il entre dans l’eau comme dans une piscine en plongeant, la tête la première. Ça n’a pas l’air de le gêner apparemment. »