Alix Lerasle nous parle de son livre Jours sous soleil, publié aux éditions Le Castor astral.

Écrivaine, poétesse et romancière. Alix Lerasle est notamment l’autrice du recueil Faut-il des murs pour faire une maison ? (Prix de la Vocation, Cheyne). Avec Jours sous soleil, elle confirme la singularité de son oeuvre.
Lire aussi cet Article… Entretien avec Ugo De Gregorio
Voir aussi le Livre Ici… Jours sous soleil, Alix Lerasle, publié aux éditions Le Castor astral.
INTERVIEW
Pourquoi ce livre et pourquoi maintenant ?
J’ai écrit ce livre parce que ce sont les thématiques qui questionnent ma vie en ce moment, j’écris sur ce qui m’interroge, sur ce qui m’environne.
Ce roman est le résultat d’un long travail d’écriture, la temporalité de sa publication est liée à celle de son écriture, en accord avec le Castor Astral, qui accompagne mon travail.
Parlez-nous des coulisses. Comment vous est venue l’idée du style à adopter pour ce livre ? Il se lit comme un long poème et pourtant, c’est un roman. Quand avez-vous arrêté de vous poser la question du genre ?
Sam, qui est le personnage principal, est la seule à s’exprimer en vers libres et à la première personne.
L’utilisation des vers, de la poésie comme matériau m’est venue spontanément car c’est une façon que je trouve intéressante pour donner à entendre le rythme des personnages.
La parole de Sam est, grâce aux vers libres, saccadée, nerveuse, et cela permet de ressentir aussi l’état d’esprit du personnage.
La question du genre littéraire est importante ; il s’agit d’un roman, avec une intrigue, des personnages, une chronologie etc. Mais le style d’écriture : vers ou prose, pour moi, dépend de ce que raconte le texte et n’est pas déterminant du genre littéraire.
On peut tout à fait écrire un roman ou du théâtre en vers, sans que cela soit un recueil de poèmes pour autant, le recueil étant un format singulier pouvant quant à lui tout à fait être composé de textes en prose.
Le livre s’ouvre sur des vers d’Héloïse Brézillon et de Shane Haddad. Pourquoi ces deux voix-là, précisément, pour ouvrir le bal ?
J’ai rencontré Héloïse alors que je travaillais sur Jours sous soleil, je l’ai entendue lire des extraits de T3M et ces mots m’ont beaucoup touchée « sa main surplombe comme un soleil / et le soleil ça donne des coups »
Le soleil étant le motif récurrent de mon livre j’aimais l’inventivité de cette image très forte que nous propose Héloïse Brézillon.
Le livre de Shane Haddad, Aimez Gil, m’a bouleversée. C’est en le lisant que m’est venue l’envie d’écrire Jours sous soleil.
Je travaillais sur un autre projet, j’ai tout lâché pour commencer ce livre-là, parce que la lecture d’Aimez Gil m’avait fortement impactée et me donnait envie de faire entendre dans mon texte la voix de jeunes adultes, fragiles et solides à la fois.
Le rythme du texte m’a beaucoup inspirée. Le projet sur lequel je travaillais auparavant était un texte plus lent, plus dilué, et la lecture du livre de Shane m’a donné l’envie d’une écriture plus rapide, plus nerveuse.
Le médecin dessine des neurones qui ressemblent à des petits soleils. D’où vous est venue cette image, à la fois simple et terrifiante ?
J’ai étudié la neuro-anatomie il y a longtemps, et la forme des neurones m’a marquée. L’image est venue très simplement. Le dessin de neurones du médecin est la première phrase du livre, c’est aussi la première que j’ai écrite quand je travaillais sur Jours sous soleil.
L’image du soleil est un motif récurrent dans le livre, à la fois dessiné, à la fois réellement présent, caniculaire. J’aime l’emploi de motifs, je les trouve intéressants pour ce qu’ils permettent d’instaurer comme atmosphère dans une histoire.
Entre la chaleur extrême, la fatigue et le manque d’argent… ce livre ne raconte-t-il pas, au fond, la violence ordinaire de notre époque ?
Je l’espère oui. En tout cas j’ai eu envie de dépeindre quelque chose de ma génération, précaire, éco-anxieuse, en questionnement par rapport au travail, à la vie en ville, en rupture parfois avec les générations précédentes.
C’est un livre qui parle aussi beaucoup de santé mentale, un sujet qui me tient beaucoup à cœur et qui, malheureusement, est très présent aujourd’hui, chez les plus jeunes notamment.
La mer revient comme un endroit où les personnages cherchent à respirer. Pourquoi ce paysage était-il indispensable à votre histoire ?
J’ai vécu près de la mer, dans une ville qui pourrait être celle de mon livre.
J’ai beaucoup été marcher près de la mer. C’est une image qui fait du bien, quand on a grandi loin de l’eau, de la mer ou de l’océan comme c’est mon cas, aller voir la mer est toujours quelque chose d’un peu exceptionnel, et une journée difficile peut devenir un peu exceptionnelle dès lors qu’on a vu, entendu, respirer la mer.
Entre la colère et l’autodestruction de Sam, la dépression de Loun, et le besoin viscéral de contrôle d’Elie, comment avez-vous fait pour apprivoiser ces personnages et trouver le ton juste, sans jamais basculer dans le pathos ?
Je ne sais pas s’il y a vraiment une recette. J’ai beaucoup travaillé sur l’équilibre global du texte. Ces personnages sont tous traversés par des sujets qui me touchent et m’environnent, et j’ai pour chacun d’entre eux une réelle empathie même s’ils sont des êtres de fiction.
Je pense que c’est cela qui peut donner à des personnages une singularité et une justesse, et j’espère avoir réussi cela dans mon roman.
Quand vous regardez l’état des hôpitaux, des services publics, du climat aujourd’hui, qu’est-ce qui vous donne encore envie d’écrire plutôt que de vous taire ?
C’est une question très difficile. L’époque me heurte beaucoup, comme pour la plupart d’entre nous j’imagine.
L’avenir me fait peur, j’espère qu’écrire sur l’empathie continuera d’y avoir du sens.
Je crois qu’il est important de continuer de raconter les vies autour de soi, de raconter les émotions à travers la fiction, de faire entendre des histoires sur des sujets de société. Même s’il ne s’agissait pas pour moi d’écrire, il ne serait pas question de se taire.
Je crois que nous avons collectivement tout intérêt à nous indigner au sujet du climat, de l’état de la santé, de l’éducation, peut-être plus encore aujourd’hui qu’il y a quelques années.
Le mouvement lycéen de cette année 2026 nous montre ce que traversent les plus jeunes, les inégalités du système scolaire, l’éco-anxiété, la violence des répressions policières etc. C’est aussi pour eux que je suis convaincue qu’il faut continuer de s’indigner et d’essayer de se faire entendre.
Le livre mentionne l’aide du Centre national du livre. De quoi s’agit-il concrètement, et quel impact ce soutien a-t-il eu sur votre liberté, votre temps de travail ou la radicalité du texte ?
L’aide du CNL est une bourse de 5000€ dont 1/5 n’est versée qu’après la parution du texte. Il s’agit d’aider l’auteur ou l’autrice à subvenir à ses besoins le temps de l’écriture du texte. Cette aide est essentielle pour dégager du temps et de la disponibilité mentale pour écrire.
Le CNL est aujourd’hui menacé de coupes budgétaires voire de fermeture, ce qui serait dramatique pour les auteurs et autrices. Les maisons d’édition, les libraires etc.
Préserver le CNL est à mes yeux une nécessité. Pour que soit préservée la diversité éditoriale, force de notre patrimoine culturel.
La culture, pour vous, c’est quoi ?
C’est la mise en partage. D’histoires, de récits, d’esthétiques, d’émotions.
C’est transmettre, comprendre, ressentir.
La culture fait sens à différentes échelles. Et c’est la multiplication de ses formes qui permet à chacun et chacune de se l’approprier. C’est une nécessité qu’il est important de défendre aujourd’hui, dans la pluralité de ses formes et de ses artistes.
#AlixLerasle #JoursSousSoleil #LeCastorAstral #Interview
















Laisser un commentaire